Mai25

Ensilage d'herbe : un plat qui se sert froid

Auteur : Yves BARATON Categories : Qualité

LA STABILITE D’UN SILO D’HERBE A LA REPRISE SE PREPARE A LA RECOLTE

Le front d’attaque du silo chauffe. Le fourrage sent l’alcool. Les levures sont en action ! Les pertes de fourrages augmentent. Pour maîtriser ce phénomène, il faut respecter les bonnes pratiques de confection du silo, et surtout une bonne gestion du front d’attaque.

La contamination butyrique du lait est un bon critère d’appréciation de la qualité de conservation des fourrages et de l’hygiène globale des vaches laitières.
Sur les dernières années, les résultats d’analyse des laboratoires interprofessionnels montrent que la contamination butyrique du lait est principalement liée aux conditions météorologiques de l’année, en particulier en hiver et au printemps. Ces conditions météo influencent surtout la propreté des animaux. A même pratique d’hygiène de la mamelle, une variation de la propreté des animaux a d’autant plus d’incidence que la qualité de l’ensilage est à risque : la distribution d’un ensilage très bien conservé assure une bonne régularité de la qualité butyrique du lait.
Ces constats valent aussi pour les zones « lait cru », en lien avec la contamination en Listeria du lait.

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Fermeture, chargement et reprise : un silo sans problème

Un ennemi invisible : les levures

Les bonnes conditions de réalisation du chantier d’ensilage sont indispensables à une bonne conservation du fourrage. Les ensileuses ont des têtes de récolte de plus en plus larges, les remorques sont de plus en plus grosses et arrivent à un rythme de plus en plus rapide au silo. Le tracteur «tasseur » n’a plus le temps d’étaler le fourrage en couches fines et de bien tasser. Il ne peut que pousser le fourrage en couche obliques, épaisses.

Lors de la reprise, au front d’attaque, la température du fourrages doit être inférieure à 16 / 18°C. Dès que cette température franchit la barre des 20°C, elle se met à augmenter très vite : le processus est en marche ! C’est le signe d’un mauvais avancement du front d’attaque du silo : vitesse et surtout rythme.
Lorsque la température au front d’attaque s’emballe, et si cette situation dure plusieurs jours, le pH peut remonter au dessus de l’objectif. Les fermentations indésirables vont redémarrer. Le fourrage va prendre une forte odeur d’alcool.
L’échauffement du fourrage est provoqué par le développement de levures. Présentes naturellement sur les plantes, elles vont se développer en tout début de la mise en silo durant la phase d’aérobie. Le phénomène sera d’autant plus important que le tassage du fourrage aura manqué d’efficacité. Cette fermentation va constituer le «capital levures » du silo. Puis elles vont entrer en « dormance » et attendre l’ouverture du silo pour se réactiver.
A l’ouverture, pour se nourrir, les levures vont utiliser les sucres résiduels de la plante, qui n’ont pas été fermentés lors du processus d’acidification - s’il en reste -. Elles peuvent aussi utiliser les acides organiques et en particulier l’acide lactique produit par les bactéries lactiques lors de cette acidification. Cette consommation d’acide lactique est à l’origine de la remontée possible du pH au front d’attaque du silo.
Autre activité fongique : les moisissures. Elles se développent également en présence d’oxygène. Elles se trouvent surtout dans le pourtour du tas, lorsque la fermeture n’est pas assez hermétique ou que le tassage est insuffisant, et dans des poches d’air à l’intérieur du tas lorsque le tassage est irrégulier. Elles peuvent accompagner les levures lors de la reprise si la gestion du front d’attaque est mauvaise. Les moisissures consomment la matière organique des plantes et sont à l’origine des parties inconsommables. Elles peuvent aussi produire des mycotoxines.

Les conséquences des fermentations indésirables au front d’attaque lors de la reprise sont d’abord d’ordre alimentaire. Moisissures et levures provoquent des pertes de la masse du fourrage : matière organique transformée en gaz et eau -pertes invisibles-, inconsommables -pertes visibles-. Ces pertes anormales peuvent représenter 10% de la masse du fourrage et jusqu’à 30% dans les cas extrêmes. C’est un manque à gagner considérable. La valeur du fourrage évolue également : pertes de sucres (énergie) et transformation des protéines en azote soluble, voire ammoniac. Son appétence diminue du fait de certains produits issus des mauvaises fermentations.
Au plan de la qualité du lait, la multiplication des bactéries butyriques dans les fronts d’attaque qui chauffent augmente le risque de contamination du lait. Il en est de même pour les Listeria sur les zones « lait cru ». S’y ajoute un risque de contamination du lait par les moisissures, voire probablement par les mycotoxines produites par certaines moisissures.

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Mesure de pH et de température au front d’attaque du silo

Enfin, la santé des animaux peut aussi être perturbée. L’alcool perturbe le fonctionnement du foie et le fatigue. L’acide butyrique favorise l’acétonémie. Certaines mycotoxines peuvent être toxiques.
En 3 jours maxi, toute la largeur du front d’attaque doit être désilée.
Garder le silo fermé au moins 2 semaines avant la reprise pour permettre une bonne stabilité du fourrage.
A la reprise, réaliser un front d’attaque net et assurer un avancement rapide, et surtout régulier : utilisé en 3 jours au maximum. En particulier, la dimension des silos d’été doit permettre de bien respecter ces contraintes. Bien charger la bâche au dessus du front d’attaque.
Pour l’ensilage d’herbe : l’objectif de pH est lié au taux de matière sèche (inférieur à 4 pour un taux de MS inférieur à 20%. Et jusqu’à 4,8 pour un taux de MS entre 35 et 40%).
Pour l’ensilage de maïs, avec les variétés actuelles, viser 32 à 33% de matière sèche et un pH de 3,6 à 3,8.

Au sujet de l'auteur

Yves BARATON

Yves BARATON

Ingénieur en agriculture de formation, j'ai été producteur de lait avant d’intégrer l’Institut de l’Elevage. Là, j'ai notamment participé à l’élaboration de nombreuses références, dont celles sur la flore butyrique et les moyens de sa maîtrise. J'ai poursuivi mon parcours au sein d’un grand groupe laitier, entre amont et aval. En 2003, j'ai créé YB.Consultant et mets désormais mon expertise au service des filières laitières en France et dans le monde. Ce blog est pour moi un moyen de partager mon expérience et mes compétences auprès du plus grand nombre.

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